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INTERVIEW ET RENCONTRES

Jean Michel Frodon : « De la fiction dans le documentaire et du documentaire dans la fiction » (posté le 08/06/2007 à 19:14)

Depuis l’aube du cinéma, on distingue deux grand genres : la fiction et le documentaire. Une question persiste : Ou est la limite entre les deux genres. Nous avons interrogé Jean Michel Frodon, Rédacteur en chef des cahiers du cinéma, à ce sujet.




Où est la limite entre un film de fiction et un documentaire ?

Jean Michel Frodon :Tout le cinéma est documentaire, ou plutôt je dirais qu’il y a du documentaire dans le  cinéma. L’importance essentielle est qu’il n’y a pas de cinéma sans documentaire.
Le genre documentaire n’a jamais été aussi important qu’il ne l’est aujourd’hui. Il ne faut pas oublier de ne pas faire l’amalgame entre documentaire et reportages.

Pensez vous qu’un documentaire puisse avoir un effet politique ?

Je ne pense pas car malgré le documentaire de Michael Moore contre George.W.Bush ( Fahrenheit 9/11), il a été réélu avec 2 millions de voix de plus que la première fois. Sinon, tout dépend de ce que l’on attend d’un documentaire. Je pense qu’il y a des documentaires qui font découvrir des choses que l’on ne savait pas, ça c’est le pouvoir de l’information : Ces informations-là elles peuvent avoir des effet politique. Ensuite, il y a le documentaire qui construit des idées sur tel groupe social ou tel partit politique. C’est un genre extrêmement important qui n’a que très rarement un effet politique immédiat. Si on cherchait un exemple de film qui a eu un effet politique, mécanique et immédiat, on va prendre «  Indigène » qui est une fiction. Dans tous les cas, ce n’est pas dire une vérité, c’est la façon de la dire avec des effets de spectacle. Voilà pourquoi je pense que les documentaires n’ont que des effets politiques lents.


Quand est ce qu’est apparu le thermes documentaire ?


Le mot documentaire est employé la première fois par un critique (John Grierson ) à propos d’un film de Flaherty, Nanouk l’Esquimau dans le tournant des années 30 au Etats Unis. Nanouk est un vrai Esquimau, mais il rejoue les situations pour le cinéma, ce n’est pas comme une caméra-vérité qui enregistrerait la nature dans sa pureté absolue mais sa « documente » sur la vie, la copulation par exemple, des esquimaux dans le grand Nord. Du documentaire il y en avait déjà avant mis, on ne l’appelait pas encore comme ça.


Que pensez vous de « Loin du Vietnam » ?


Loin du Vietnam est un film très important pour moi, je ne suis pas sûr que ce soit un documentaire au sens le plus propre. Il y à des parties clairement documentaires ( Celle de William Klein, de Joris Ivens ), d’autres par contre ne sont pas du tout documentaires, les parties de Godard où celles de Renais par exemple ) et puis l’assemblage de Chris Marker c’est plus l’assemblage d’un discours, assez complexe, qui pose une réflexion des cinéastes face à la guerre du Vietnam. Le résultat est magnifique et passionnant par rapport à l’engagement politique et par rapport à l’évolution des réalisateurs de la nouvelle vague.


Quel est votre avis sur la polémique issue de  la demande de l’instituteur Georges Lopez d’être payé pour sa présence dans le documentaire «  Etre ou avoir » ?


Tout d’abord, il n’y a pas d’acteur dans un documentaire, c’est une espèce de contradiction des thermes. Il y a des gens qui font plus ou moins ce qu’ils feraient dans la vraie vie. Dans Etre ou avoir, l’instituteur fait ce qu’il fait tous les jours, après, le fait-il différemment parce qu’il y à les caméras ? Oui, sûrement.
Ce ne sont pas des acteurs, il y a un malentendu où la pire des âneries est d’assimiler la situation des gens que l’on voit dans un documentaire à des acteurs. Ce qu’il y a d’intéressant dans ce genre, c’est la construction d’un autre rapport qui est également fabriqué mais qui n’a rien avoir avec du cinéma de fiction.
À partir du moment où la personne sait qu’elle est filmée ça n’autorise pas la personne à faire n’importe quoi de ces images.  Tout cela engage des responsabilités morales et quelques fois juridique. Avec le cinéma ont peut faire dire ce que l’ont veux aux images et ça peut ça peut faire vivre des situations dangereuses pour des personnes. Dans le cauchemar de Darwin, ce fut le cas. Il y a donc une responsabilité du cinéaste qui pour moi n’a rien à voir avec le fait de payer les gens, ce qui ne changerait rien à la responsabilité.


Que peut-on conclure ?


On doit conclure qu’il y avait toujours de la fiction dans le documentaire et du documentaire dans la fiction mais maintenant il y a de plus en plus de films qui travaillent sur cette différence. Qui posent des questions sur la frontière qui séparent les deux genres
Comme les films d’Alain Cavalier ou Chantal Akerman ( avec Là-bas). Les questions des documentaires et les questions de la fiction passent leurs temps à se questionner mutuellement.


Jean Michel Frodon interviewé par Nicolas Landais
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